Poesía Haitiana: Stéphane Martelly



Presentamos, en versión de Francisco Larios, algunos textos de la poeta haitiana Stéphane Martelly nació en Port-au-Prince, Haití, en 1974. Es escritora y pintora. Hizo estudios universitarios en la Universidad Quisqueya de Haití (Licenciatura en Ciencias de la Educación) y en la Universidad de Montreal (Maestría en Educación y Doctorado en Literatura Francesa). Vive actualmente en Montreal.

 

 

 

 

 

« […] red earth does not dry quickly. »

Jean Rhys. Wide Sargasso Sea, 1966.

 

 

 

Pues a veces, por supuesto antes de tiempo, pienso en

mi cuerpo esparcido

los destrozos que carga y las honduras mal

calculadas, los sonidos continuos de la vida,

que pulsan

 

No sé qué esperar

de este ir contra viento y marea

que lo dispersa

y lo rearma

 

Sin embargo, estas heridas

hablan una lengua

que no conozco

 

Y si por esta sangre

(que a nadie abreva)

  la muerte misma

me irriga

 

sentir que esta travesía

ya no la retiene

y ver

como llegará el final

 

 

 

 

 

 

« […] red earth does not dry quickly. »

Jean Rhys. Wide Sargasso Sea, 1966.

 

Alors quelquefois, par avance sûrement, je pense à

mon corps épars

au saccages qu’il contient et aux igues mal

calculées, fluides pulsatoires

de vie en continu

 

Je ne sais quoi envisager

de cet envers et contre tout

qui le parsème

que je rassemble

 

Cependant ces plaies

parlent une langue

 que je ne connais pas

 

Et si par ce sang

(qui n’abreuve personne)

c’est de la mort même

dont je suis irriguée

 

Sentir cette traversée

ne plus la contenir

et voir

comment sera la fin

 

 

 

 

 

 

 

Hay que aclarar que no

nos mata el polvo

el polvo que nuestras abuelas

recogían en puñados

ellas, que fueron siempre

un poco de ceniza y de sal mezcladas

la sal y la ceniza

que nos dieron nuestros muertos

Ni es el polvo de las carreteras

en que morimos

Es el propio asfalto

es solamente tu brazo

tu mano

Tu furia

de humanidad perdida

Furia

de ser solamente producto

de esos pequeños pensamientos

con que

destilas

constantemente

tu violencia

Es esta cólera

esta inhumanidad

este miedo

que arma tu mano

y nos mata

 

No tenemos tiempo suficiente

para llorar entre los muertos

 

No puedes creer

que estemos de pie

 

Nosotros que vemos hacia el mar.

 

Y sin embargo, estamos.

 

 

 

 

 

 

Il faut dire que ce n’est pas

la poussière qui nous tue

les poignées de poussière que

tenaient nos grands-mères

qui étaient toujours

un peu de cendres et de sel mêlées

de sel et de cendres

apportés par nos morts

ce n’est pas de la poussière des routes

que nous mourrons

C’est de l’asphalte même

c’est seulement de votre bras

de votre main

de votre rage

d’humanité perdue

Rage

d’être seulement

la fabrication

de ces menues pensées

par lesquelles

en continu

vous distillez votre violence

C’est cette colère-là

cette inhumanité-là

cette peur-là

qui arme votre main

et qui nous tue

 

Nous n’avons pas assez de temps

pour pleurer entre les morts

 

Vous n’en revenez pas

que nous soyons debout

 

Nous qui voyons la mer

 

Et pourtant, nous le sommes.

 

 

 

 

 

Una muerte tan secreta

fábula

 

Hacía falta encontrar las huellas de esta desaparición. Era una muerte tan secreta que nadie la había notado. De vez en cuando se habían escuchado algunos rumores. Y había gente que contaba que los desaparecidos se habían llenado de ínfulas, que habían depositado en una piel insignificante todas sus esperanzas.

A pesar de todo, era una muerte tan secreta que no había creado ni una onda sobre el agua, ni tampoco perturbaba a las montañas cada vez más polvorientas, ni extinguido el fuego que las devoraba como carbones ardientes. Brasas para hervir la sopa del primero de enero todos los días, si Dios quiere.

Una muerte tan secreta, tan reprimida, que deformaba el horizonte, y podía oírsela apenas brevemente ahorcarse entre la puesta del sol y el alba. Una muerte tan secreta que se había esfumado, se había evaporado en la víspera. Que sencillamente nos había olvidado. Que ahora nos hacía dudar de nuestra memoria, de nuestros corazones aún fieles a la idea de esperar que este paso, este olor, estos gestos empleados al comienzo volverían por nosotros. Dudar de nuestros corazones, que seguían amando, hasta perderse, una cosa sin fantasma, una humaza sin confesión que asciende en silencio desde cuerpos que no habían existido, porque éramos demasiado jóvenes para recordar, y aún más lo éramos para el olvido, y ciertamente éramos demasiado jóvenes para añorar.

Una cosa sin cuerpo que nos empujaba en los caminos y que nunca conseguíamos aventajar, nunca conseguíamos alcanzar, nunca alcanzar y nunca aventajar. Mientras vamos por esos caminos, no nos esperan, no nos quieren, no estamos en casa.  Una muerte tan secreta que quizás, de percibirla, nos convertiría en sal, nos fracturaría, nos llevaría hasta los límites de nuestra propia vida, nos haría contemplar nuestra propia ejecución, nos haría ver el rostro de la muerte y ese rostro sería el nuestro.

A pesar de todo, hacía falta encontrar las huellas de esas desapariciones. Las que habían dejado un hueco irremediable en nuestros olvidados cuerpos. Antes de que ellas también se conviertan en muertes secretas y que nosotros nos asfixiemos en nuestra propia nostredad, que jamás podría advenir en ningún lugar, porque somos hijos de muertes tan secretas, muertes que no han ocurrido y que no obstante se despliegan cruentas sin cesar en los recodos, muertes que abruptamente y sin cesar nos dan a luz. Nos dan a luz en el odio de quien podríamos haber sido, de quien habíamos sido, si no fuera por las muertes secretas, sepultadas, esparcidas a lo lejos talvez en la montaña, en este país donde hay tantas montañas que tanto y tan bien se entrelazan que no se sabe por donde cruzarlas.

 

 

 

 

 

 

 

une mort si secrète

fable

 

Il fallait retrouver les traces de cette disparition. C’était une mort si secrète que nul n’en tenait compte. Il y avait eu de vagues rumeurs ici et là. Et tous ces gens qui comptaient sur le disparu, qui s’étaient gonflés à bloc, qui avaient versé sur une peau trop négligeable toute leur espérance.

Malgré tout, c’était une mort si secrète qu’elle n’avait fait ni de pli sur l’eau, ni troublé les montagnes de plus en en plus poudreuses, ni tari le feu qui les dévorait en charbons incendiés. Flambées pour faire bouillir la soupe du premier janvier tous les jours, Dieu voulant.

Une mort si secrète, si étouffée qu’elle faussait les horizons, qu’on l’entendait s’étrangler seulement un petit moment entre le couchant et l’aube. Une mort si secrète qu’elle avait disparu, évaporée dans l’avant-jour. Qu’elle nous avait oubliés, tout bonnement. Qu’elle nous faisait douter maintenant de notre mémoire, de nos coeurs qui n’avaient pas désappris à espérer que ce pas, cette odeur, ces gestes usés d’avance retourneraient nous ramasser. Douter de nos coeurs, qui continuaient d’aimer à perte une chose sans fantôme, une fumée sans aveu, s’élevant muette de corps qui n’avaient pas eu lieu, puisque nous étions trop jeunes pour la mémoire, encore bien trop jeunes pour l’oubli, trop jeunes même, pour le souvenir.

Une chose sans corps qui nous poussait sur les routes et que nous ne pouvions dépasser, et que nous ne pouvions jamais atteindre, jamais dépasser et jamais atteindre. Alors que sur ces routes, nous ne sommes pas attendus, nous ne sommes pas voulus, nous ne sommes pas chez nous. Une mort si secrète que peut-être l’apercevoir nous érigerait de sel, nous effractionnerait, nous mettrait aux limites de notre propre vie, nous ferait assister à notre propre exécution, nous ferait voir la mort en face et cette face serait à nous.

Malgré tout, il fallait retrouver les traces de ces disparitions. Celles qui avaient laissé un creux irrémédiable dans notre corps d’oubli. Avant qu’elles aussi ne deviennent morts secrètes et que nous étouffions de notre propre nous-mêmes qui jamais ne pouvait en nul lieu advenir, puisque nous sommes les enfants des morts si secrètes, des morts qui n’ont pas lieu et qui pourtant s’étalent sans cesse sanglantes aux détours des chemins, des morts qui sans cesse abruptement nous enfantent. Nous enfantent dans la haine de qui nous aurions pu être, qui nous avions été, si ce n’étaient des morts secrètes, ensevelies, égaillées loin dans la montagne peut-être, dans ce pays où il y a tant de montagnes et qui se chevauchent tant et si bien qu’on ne sait par quel bout les traverser.