Murió el poeta canadiense Claude Beausoleil



Presentamos, en versión de Marco Antonio Campos y Bernard Pozier, dos textos del poeta Claude Beausoleil (Montreal, 1948). Es poeta, novelista, cronista literario, Claude Beausoleil ha publicado alrededor de sesenta libros. Ha merecido distinciones como el Premio Louise-Labé y el Premio Charles Vidrac de la Societé des Gens de lettres. Es presidente honorario de la Casa de la Poesía en Montreal, miembro de Confluencias Póeticas, de la Nouvelle Pléiade y de la Sociedad Oscar Wilde en Francia. Fue condecorado con la Orden de los Francófonos de América y es miembro de la Academia Mallarmé. Ha sido el primero en ocupar la función  de Poeta de la Ciudad de Montreal.

 

 

 

 

 

 

 

ROUGE LA POÉSIE

 

                                                                  aux étudiants de mon pays,

 

rebelle la poésie reprend la route

elle retrouve le projet des utopies

 

rouge la vie

rouge la flamme

 

rouge la fête

et le désir de tout changer

 

la poésie habite le rêve

la poésie habite l’espoir

 

rouge la ville

rouges les chants

 

la poésie danse la vie

 

rouges les mots bougent

dans la tendresse solidaire du soir

 

en une seule phrase nombreuse

la poésie va où le cœur la conduit

 

 

 

 

 

 

ROJA LA POESÍA

 a los estudiantes de mi país

 

rebelde la poesía retoma la ruta

reencuentra el proyecto de las utopías

 

roja la vida

roja la llama

 

roja la fiesta

y el deseo de cambiar todo

 

la poesía habita el sueño

habita la esperanza

 

la ciudad roja

rojos los cantos

 

baila la poesía la vida

 

rojas se mueven las palabras

en la ternura solidaria de la noche

 

en una sola frase numerosa

la poesía va donde el corazón la lleva

 

 

 

 

 

 

JACK ET BILLIE, DANS LE BLUES DE LA NUIT

 

                                                                           En hommage à Billie Holiday

                                                                           et à Jack Kerouac

                                                                           qui se sont rencontrés,

                                                                           dans un bar perdu,

                                                                            au milieu des États-Unis

 

Jack

ce que tu racontes à Billie dans la nuit d’Amérique

c’est ta façon à toi de jazzer l’énergie

Black Billie tu écoutes tu écoutes sa complainte en français

tu connais les racines de ce continent noir

toi qui chantes Billie sa souffrance incarnée dans la chair de ta voix

tu la chantes tu la chantes tu la chantes

lui, l’écrit

on the road on the road dans ce Blues du silence de la nuit

ta voix noire Billie ta voix ton désespoir toute ta force aussi

Jack l’écoute ce soir on the road on the road pour la vie

Billie Blues pour la nuit à entendre ces mots

perdue inconsolable

dans l’extase et la rage tu répètes tu répètes murmurante Billie

lorsque s’ouvre la nuit ce que Jack te raconte

le voyage de sa vie

sans bagage dans la nuit on the road on the road

tu l’écoutes Billie

comme un Blues en cadence dans l’errance Billie

 

 

 

 

ÉTRANGES FRUITS DE LA NUIT

 

blessure de Blues Billie dans ta voix l’origine sa douleur sans défense

sans défense injectée d’innocence avec Jack partagée

dans cette nuit d’Amérique dans ce bar de nulle part hanté d’éclats de voix

où ton désir exprime

dans tout l’amour du Blues la poésie qui s’avance quand tu écoutes Jack, Billie

dans sa langue blessée tu retrouves les rythmes de ces champs de coton

de ces humiliations ces outrages sans pardon et dans les mots de Jack

roulent encore les sons quand la neige a neigé au plus profond délire

des mémoires partagées

dans ce bar où le Blues vous rejoint dans l’instinct

âme de cette Amérique

à chanter à écrire pour dire sans concession une soif d’exister

 

Kerouac tu racontes à Billie pour jazzer le périple

d’abord Lowell puis la route les autres sons français les déroutes de la route

les autres  dimensions improvisent une passion un secret un regret

une chanson des routes

tu répètes tu répètes tu répètes et tu dis

comme celle entendue sur les pas des géants des amoureux des poètes

des amis d’autrefois qui sont devenus grands

des efforts pour durer

des enfances en-allées

sur la route on the blues à partir vers les cieux tu dévides tes mots

au creux d’itinéraires

fauves comme des sanglots dont les enjeux scandés

sont des émotions vives corps à corps rythmées

tu répètes que les mots elliptiques sont en toi

territoire sacré du quotidien qui file

on the road sur la page on the road tu répètes tu répètes et tu dis

tu répètes que les mots sont la route infinie d’un jardin d’Amérique aux immeubles enfouis dans des rêves d’enfants qui regardent la télé sur des postes impossibles où ils n’osent rêver tellement les horreurs les peurs les monstres de la vie sont des flambeaux meurtris des crises de néant aux soucoupes volantes des armes de propagande aux anciennes fééries

 

 

 

 tu  dis                                                            LA NATURE A PRESQUE DISPARU

 

mais là où tombent ces affres fêlées demeure un homme qui se bat

contre l’hégémonie les folies les rejets les mensonges les tabous

un homme resté debout rêveur face à l’écran des étoiles et du vent

tu répètes tu répètes tu répètes ses mots

on the road on the road on the road pour la vie

tu répètes qu’il parlait en français

de whisky en whisky

et qu’il est d’Amérique du Québec de Bretagne

d’ailleurs au creux d’ici

en toi aussi Billie qui répètes ses mots

traduisant ta voix son on the road pour la vie

 

 

 

 

I’M  GLAD  YOU’RE BACK DON’T EXPLAIN

 

l’Amérique à vos pas accroche ses rêves fous de continent irradiant dans la beauté noire du couchant fleuve de mots français tatouages d’orages mémoire incandescente on the road on the road you’re my join an pain les souffrances mnémoniques changées en utopies on the road on the road dans la voix de Billie un chant rauque du nord dans les mots de Kerouac âme sonore du vent âme du continent  à l’envers du brassage des cerveaux annulés par la machinerie d’un enfer consommé tu répètes et tu dis que sa voix est un mot qui en toi prend racine on the road on the road tu répètes tu répètes que tu sais que tu es comme lui

enfant d’une Amérique qui s’écrit en français et se chante

dans l’eau noire des exclus

donnant à ses rêveries des allures rythmiques jazzant dans le périple qui traverse l’Amérique de Montréal à L.A. de Baltimore à Lowell de New York à là-bas vers Mexico City Blues se répètent vos mots improvisés on the road on the road dans le Blues sur les routes d’Amérique où dans les mots français la vie poursuit la vie d’un projet d’explorer en un chant noir secret qui brûle le continent qui renaît rebelle en ses trajets

tu répètes tu répètes et tu dis on the road on the road on the road pour la vie

le bonheur c’est l’instant tu le chantes Billie tu le chantes

et toi Jack tu l’écris

tu répètes tu répètes et tu dis le bonheur c’est l’instant dans le mot LIBERTÉ

 

 

 

 

 

JACK Y BILLIE, EN EL BLUES DE LA NOCHE

 

En homenaje a Billie Holiday

y Jack Kerouac que se

encontraron en un bar perdido

a mitad de los Estados Unidos

 

 

Jack

lo que cuentas a Billie en la noche de América

es tu manera muy tuya de jazzear la energía

Negra Billie escuchas y escuchas en francés su endecha

conoces las raíces de este continente negro

tú que cantas Billie su sufrimiento encarnado en la carne de tu voz

tú la cantas tú la cantas tú la cantas

él, escribe

on the road on the road en este Blues del silencio de la noche

tu voz negra Billie tu desesperanza toda tu fuerza asimismo

Jack la escucho esta noche on the road on the road por la vida

Billie Blues por la noche escuchar estas palabras

perdida inconsolable

en el éxtasis y la rabia tú repites tú repites murmurante Billie

cuando se abre la noche lo que Jack te cuenta

el viaje de su vida

sin equipaje en la noche on the road on the road

tú lo escuchas Billie

como un Blues cadencioso en la errancia Billie

 

 

 

 

EXTRAÑOS FRUTOS DE LA NOCHE

 

herida de Blues Billie en tu voz el origen su dolor sin defensa

sin defensa inyectada de inocencia con Jack compartida

en esta noche de América en este bar de ninguna parte embrujado de

gritos y voces

donde tu deseo se expresa

en todos el amor del Blues la poesía que avanza cuando escuchas a

Jack, Billie

en su lengua herida encuentras los ritmos de estos campos de

algodón

de estas humillaciones de estos ultrajes sin perdón y en las palabras de Jack

ruedan todavía los sonidos cuando la nieve ha nevado en el más

profundo delirio de las memorias compartidas

en este bar donde el Blues los reúne en el instinto

alma de esta América

para cantar para escribir para decir sin concesión una sed de existir

 

Kerouac tú le cuentas a Billie para jazzear el periplo

de principio Lowell luego la ruta los otros sonidos franceses los

desvíos de la ruta

las demás dimensiones improvisan una pasión un secreto un lamento una canción de las rutas

tú repites tú repites tú repites tú dices

como aquella oída sobre los pasos de gigantes de enamorados de poetas

de amigos de antaño que se volvieron grandes

de los esfuerzos para durar

de las infancias desaparecidas

en la ruta on the blues para partir hacia el cielo tú devanas tus palabras

en el hueco de los itinerarios

salvajes como sollozos cuyas apuestas silabeadas

son vivas emociones cuerpo a cuerpo ritmadas

tú repites que las palabras elípticas están en ti

territorio sagrado de lo cotidiano que fluye

on the road sobre la página on the road tú repites tú repites y tú dices

tú repites que las palabras son la ruta infinita de un jardín de América en los inmuebles enterrados en sueños de niños que miran la tele sobre pantallas imposibles donde no osan soñar de tal manera los horrores los miedos los monstruos de la vida son antorchas heridas de crisis de nada en los platillos volantes armas de propaganda en las antiguas comedias mágicas

 

 

 

tú dices                                                               LA NATURALEZA HA CASI DESAPARECIDO

 

pero allá donde caen estas angustias resquebrajadas mora un hombre que se bate

contra la hegemonía las locuras los rechazos las mentiras los tabúes

un hombre ha quedado de pie soñador ante la pantalla de las estrellas y el viento

tú repites tú repites tú repites sus palabras

on the road on the road on the road por la vida

tú repites que él hablaba en francés

de whisky en whisky

y que él es de América de Quebec de Bretaña

por demás en el hueco de aquí

en ti también Billie que repite estas palabras

traduciendo tu voz sonido on the road por la vida

 

 

 

 

I’M GLAD YOU’RE BACK DON’T EXPLAIN

 

la América en vuestros pasos cuelga sus sueños locos de continente irradiante en la belleza negra del crepúsculo río de palabras francesas tatuajes de tormentas memoria incandescente on the road on the road you’re my join and pain los sufrimientos mnemónicos cambiados en utopías on the road on the road en la voz de Billie un canto ronco del norte en las palabras de Kerouac alma sonora del viento alma del continente al revés de la mezcla de los cerebros anulados por la maquinaria de un infierno consumado consumido tú repites y tú dices que su voz es una palabra que en ti toma raíz on the road on the road tú repites tú repites que tú sabes que tú eres como él

hijo de una América que se escribe en francés y se canta

en el agua negra de los excluidos

dando a sus fantasías aspectos rítmicos jazzeando en el periplo que atraviesa la América de Montreal  a L.A. de Baltimore a Lowell allá abajo hacia la Ciudad de México Blues se repiten vuestras palabras improvisadas on the road on the road en el Blues en las rutas de América donde en las palabras francesas la vida persigue la vida de un proyecto  de explorar en un canto negro secreto que quema el continente que renace rebelde en sus trayectos

tú repites tú repites y tú dices on the road on the road on the road por la vida

la dicha es el instante tú la cantas Billie tú la cantas

y tú Jack tú la escribes

tú repites tú repites y tú dices la dicha es el instante en la palabra

LIBERTAD

 

 

 

 

 

Datos vitales

Poeta, novelista, cronista literario, Claude Beausoleil ha publicado alrededor de sesenta libros desde Intrusion ralentie,1972. Entre sus libros recientes, se hallan: La herida del silencio (Premio Louise-Labé), Negra Billie (Premio Charles Vidrac de la Societé des Gens de lettres), La otra voz, De más lejos que el viento y Amérikerouac. Su poesía ha sido traducida a una docena de lenguas. Autor de antologías de poesía suiza, acadiana, quebequense y mexicana. Director de la revista Lèvres urbaines, presidente honorario de la Casa de la Poesía en Montreal, miembro de Confluencias Póeticas, de la Nouvelle Pléiade y de la Sociedad Oscar Wilde en Francia, ha sido condecorado con la Orden de los Francófonos de América y es miembro de la Academia Mallarmé. Ha sido el primero en ocupar la función  de Poeta de la Ciudad de Montreal, su ciudad natal.